Le monde dessiné d’Édith

Mais qui se cache derrière le prénom désuet et élégant d’Édith ? Eh bien, une sacrée dessinatrice que nous sommes ravis d’accueillir à Loperhet le 29 mars ! Elle croque et encre depuis longtemps et a, au fil du temps, imposé à l’imagination du lecteur curieux de nombreux personnages hauts en couleur. Petite sélection subjective et chronologique.

D’abord il y a Basil et Victoria, série en cinq albums édités par Les Humanoïdes associés et qui fut récompensée par l’Alph’art à Angoulême en 1993. Avec Yann au scénario, Édith concocte deux personnages de gamins effrontés et débrouillards qui errent dans les rues mal famées du Londres de Jack l’éventreur ; ces deux-là sont inséparables mais ne se font pas de cadeaux et c’est avec un plaisir communicatif que les deux auteurs bousculent les codes parfois trop sages de la BD dite jeunesse. Les dialogues sont vifs et truculents tout comme le trait, et c’est la clope au bec, casquette vissée sur le crâne que Basil Mohum s’impose à la rétine tandis que Victoria, fille de roi et fille de rien, traîne sa tignasse et sa langue bien pendue de case en case.

 

© Les Humanoïdes associés

© Les Humanoïdes associés

 

Leur aventure prend la forme d’un voyage mouvementé, des ruelles de Londres où l’on fête le jubilé de la reine en 1887 au palais de Zanzibar. Ils échoueront sur l’île bien étrange de Stareye au large de l’Écosse avant de retrouver la capitale de l’Empire et ses petits ramoneurs.

Toujours avec Yann au scénario et dans le même esprit victorien, Édith adapte en 2009 Les Hauts de Hurlevents d’Emily Brontë. Les planches de l’album sont sombres et lumineuses, le vent du nord qui agite la lande semble pousser les personnages vers leur destin tragique. Le découpage efficace appuie cette narration tourmentée pour le plus grand plaisir du lecteur qui découvre ou redécouvre l’histoire de Catherine, d’Hindley et de Heathcliff, dont Bataille disait qu’elle est “peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d’amour…”

 

© Delcourt

© Delcourt

 

En 2012, elle retrouve le scénariste Corcal, avec qui elle avait collaboré pour la série Le trio Bonaventure publiée chez Delcourt, afin de mettre en forme un projet original et poétique: La Chambre de Lautrémont (Futuropolis). Les premières pages s’ouvrent sur le corps d’un homme flottant dans les airs, hypnotisé par le professeur Maldanar avant d’être guillotiné. L’ambiance est morbide et fantastique ; nous sommes dans le feuilleton macabre imaginé par Auguste Bretagne. Cet auteur vit à Montmartre et fréquente le cercle des Zutistes, des artistes avant-gardistes en guerre contre toute forme d’académisme; parmi “ces pyromanes de l’art”, on trouve Rimbaud et une jeune femme, Émily, qui aime à noyer sa silhouette dans celle de Bretagne au gré de leurs rencontres.

 

© Futuropolis

© Futuropolis

 

Enveloppés par la nuit qui se transforme au gré de leurs visions, le poète et l’écrivain errent dans un monde onirique que les couleurs d’Édith teintent d’un vert aquatique. A leur réveil dans la chambre qui fut celle d’Isodore Ducasse, Comte de Lautréamont, ils entendent sa voix… son fantôme hante donc les lieux ?

 

© Futuropolis

© Futuropolis

 

Après avoir mêlé le vrai au faux dans cette fiction fantaisiste, Édith aborde avec Kris un registre nouveau, le témoignage.

Les Chroniques de Notre Mère la Guerre, parue chez Futuropolis, sorte de postface de la fameuse tétralogie de Kris et Maël, rassemble plusieurs dessinateurs pour évoquer les figures historiques qui l’ont inspirée: Charles Péguy, Gabriel Chevallier ou Vera Brittain… En 1916, Vera Brittain a 22 ans et elle a déjà perdu son frère, son fiancé et ses illusions ; Édith dessine les visages et les corps qui disparaissent dans la terre, les tons sont pâles et le corps fragile de Vera semble disparaître lui-aussi, cerné par la solitude de ses paysages désolés.

 

© Futuropolis

© Futuropolis

 

Elle s’engagea en 1917 comme infirmière et fut affectée à l’hôpital militaire d’Étaples où elle soigna les blessés des deux camps.

Les esquisses d’Édith sont visibles sur le site du Centenaire :

Le talent d’Édith échappe aux cases et s’affiche où bon lui semble au détour de divers projets. Ainsi, avec l’auteur Rascal, elle a illustré de nombreux albums pour enfants édités par L’école des loisirs et vient de faire paraître dans la collection Pastel l’Ogre vole, l’histoire d’un ogre qui, chaussé de ses bottes rouges éclatantes, trouve dans la neige immaculée des ailes…

 

© Pastel

© Pastel

 

Voilà pour un aperçu rapide. Il faut maintenant ouvrir l’œil et lire son prochain album qui sortira chez Soleil, dans la collection Noctambule au mois d’avril : Le jardin de Minuit, adapté du roman de Philippa Pearce.

 

© Futuropolis

© Futuropolis

 

Allez, un dernier pour la route ! Une brève de Mimosa imaginée par Édith et Catmalou (Lucie Braud)

mimosa

Véro.