Dans l’inventaire des BD qui ont marqué mon enfance, « Général Tête Jaune » tient une place particulière. C’est une aventure du lieutenant Blueberry parue en 1971, signée Giraud au dessin et Charlier au texte, un western crépusculaire hanté par la figure morbide de Custer.

© Dargaud

© Dargaud

 

Douze ans plus tard, Moebius, répondant à une commande de Citroën, envoie une traction-avant dans les étoiles. Ligne claire, trait épuré, priorité au graphisme sur un texte teinté d’humour: c’est l’origine du Monde d’Edéna, une série de SF onirique.

© Les Humanoïdes Associés

© Les Humanoïdes Associés

 
Comment imaginer, pour le béotien que j’étais, ignorant de l’aventure « Métal Hurlant », que sous ce pseudonyme se cachait Giraud ?

Giraud/Moebius était un créateur hors du commun, notamment par la profusion et la variété de ses réalisations. Au cinéma, il serait l’hybride monstrueux de Sergio Leone et de Stanley Kubrick.

Malo

Des cosmonautes-explorateurs qui marchent dans un futur déserté quelque part dans un monde galactique auquel le dessin et les couleurs de Moebius donnent vie; c’est mon premier souvenir de celui qui fit passer la BD à l’âge adulte, du moins c’est ce que l’on écrit souvent de lui… Pourtant, en lisant le Monde d’Edena, je retrouvais surtout le plaisir ludique et enfantin que j’éprouvais en lisant un conte, celui de pénétrer un univers onirique. Téléportée par un vaisseau-pyramide en forme d’étoile, je me posais sur la planète paradisiaque avec Stell et Atan, qui retournaient à la nature.

© Les Humanoïdes Associés

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Les planches sont peu à peu envahies par une végétation luxuriante comme le temple où Stell et Atan s’arrêtent au début de Sur l’Étoile, puis l’imagination de ce créateur peuple son monde d’un maître des voies (passage psychanalytique de « Réparations ») ou d’une météorite désertée de son équipage… Les dessins de Moebius se sont imprimés sur ma rétine, un vrai plaisir et déjà une nostalgie du fait de cette ligne claire qui m’évoquait Little Nemo et ses rêves, un trait précis associé à une palette de couleurs crues… Du coup j’ai relu ces deux albums et le plaisir est intact; Moebius n’est pas mort.

Véro

Quand et comment ai-je découvert que Moebius et Jean Giraud n’étaient qu’un seule et même personne ? Là n’est pas l’important. Chacun de ces auteurs étaient une référence. Les fusionner sous une même plume élevait cet artiste au rang de figure emblématique de la Bd.

Expo Moebius

Outre des séries mythiques comme « Blueberry » ou « L’Incal », ma plus belle rencontre avec Monsieur Giraud, fut lors d’une exposition consacrée au Maestro. A défaut d’avoir pu rencontrer véritablement le maître, le moment où je me suis senti le plus proche de lui, où j’ai eu la brève sensation d’entrapercevoir son génie, fut justement cette excellente exposition « Moebius Transe Forme » à la Fondation Cartier.

Moebius Télérama

Son expression artistique mouvante, changeante, allait du western aride et poussiéreux à la science fiction débridée et florissante.
Sa plume continuera d’influencer encore longtemps le monde du 9ème art.

Zahou

Mike Steve Donovan, dit « lieutenant Blueberry », cowboy crade et dark né de l’imagination débridée de Jean-Michel Charlier, façonné par les mains surdouées de Jean Giraud… Un héros de western authentique, du brut de décoffrage.

Blueberry… Enfant perdu, orphelin, planté au milieu du saloon. Fantôme errant dans la nébuleuse des étendues sauvages, condamné à perpétuité et bien au-delà. Oui, bien au-delà : les mythes ne meurent jamais. Ils ont droit aux étoiles et à l’éternelle ferveur. Blueberry fields, for ever !

La nébuleuse des grands espaces

Bert’